Proactivité

Bienvenue sur l'Auxiliaire virtuel. Le Forum, un instrument de communication qui se veut une source d'enrichissement !

Vous n'êtes pas identifié.

#1 04-09-2006 09:29:30

Nicole
Membre
Date d'inscription: 11-07-2006
Messages: 25

Accompagner la vie ! au chevet de Maman

Partage:
Un réel cadeau, que d’accompagner maman en fin de vie ! Le lien que j'ai recréé m'apparaît être le plus durable qui soit !

« Le temps sur terre ne vaut d'être vécu que dans le partage. C'est une passerelle d'amour vers la paix et la quiétude intérieure.» (Ingrid Lovell)

06.09.03
Moments tendres avec Maman - écoute et présence empathiques, avec l'âme pour l'âme :

Elle était d'un calme, alors que je lui tenais la main, fredonnant quelques airs, récitant quelques dizaines de chapelet ou faisant un retour sur des moments chéris de nos existences.

Elle a porté sa main à mon visage (un regain de vie), me disant qu'elle m'aimait. Je l'ai remercié pour cette complicité et ce lien privilégié que nous avons. Je lui ai dit à quel point c'était précieux pour moi, que j'allais en garder un souvenir intarissable et que ce geste câlin, j'allais le reproduire à mon tour et qu'il allait vivre éternellement.

Bien sûr qu'une larme s'est logée au coin de l'œil - chez moi aussi bien que chez elle - une larme cadeau ! qui a fait rejaillir ma source intérieure de paix, de joie et de bien-être.

Sa lumière s'éteint tout doucement. La résistance mue par la peur de l'inconnu, se fait moins présente. Elle n'a pas choisi l'heure de son départ, elle me dit par ailleurs qu'elle est prête à s'endormir pour toujours.

Hommage à MAMAN, une femme d'exception !

06.09.17
Aujourd'hui, j'ai voulu accompagner la vie et ajouter à la richesse de notre contact dominical.

J'ai demandé qu'on assoie maman dans un fauteuil roulant, à l'aide du lève-personne et je l’ai amenée à la chapelle.

Par la suite, nous sommes parties en visite de reconnaissance. C'est donc dire que je promenais maman, histoire d'aller à la rencontre d'une personne connue d'elle, de faire une retrouvaille.

Alors que nous rejoignions les groupes attroupés dans les aires communes, je questionnais pour savoir si parmi les personnes présentes, se trouvait une personne ayant habitée à Ste-Hélène ou dans les environs, donc susceptible de partager, plutôt d'éveiller un souvenir.

Comme tout vient, à celle qui poursuit une idée ! J'ai pu présenter à maman, madame Lanoie chez qui mon père avait travaillé, il y a de cela plus de cinquante ans. Cette famille qui faisait du commerce avec la Rôtisserie St-Hubert et les bouchers de l'époque, avait retenu les services de mon père pour construire un poulailler.

J'ai pu voir que maman cherchait dans un recoin de sa mémoire et tout à coup, elle a fait un signe de la tête et a dirigé son regard vers Aline qu'elle a nommée en ajoutant, du rang Brodeur. Mission accomplie, visite satisfaisante de part et d'autre.


06.10.01
C'est Journée Internationale des Personnes Âgées. Dans l'établissement du Réseau de la santé où maman est "détenue", l'Hôtel-Dieu de St-Hyacinthe, j'obtiens qu'elle soit levée puis je l'amènerai à la fête qui se tient à l'auditorium, sous le thème « L'ARC-EN CIEL DES GÉNÉRATIONS... un rayonnement sur le monde.» 

Sont rassemblés une centaine de résidents en fauteuils roulants et quelques familles, une vingtaine. La plus jeune a 10 ans et la plus âgée, 100 ans.

Je prends place à côté de maman et m'enthousiasme à l’écoute des chansons de Leclerc, Vigneault, la Bolduc, Alice Roby et d’autres qui sont interprétées par un chanteur et un violoniste.

Tous ces airs contribuent à faire vibrer les tympans et à rappeler quelques souvenirs. Je frappe dans mes mains, je suis gaie et tout à coup maman fait le geste de rejoindre ses mains, les écarte puis les remet paume contre paume.

C'est peu mais ça m'a semblé beaucoup ! On s'est retiré avant la fin puis j'ai demandé au personnel de la réinstaller dans son lit où elle s'est rapidement assoupie.

Avant l'heure du souper, Céline ma soeur aînée m'a rejointe auprès de maman. Nous avons partagé toutes deux, sur cette fébrilité nouvelle qui semblait accablée maman.

Quand j'annonçais que j'allais la quitter pour retourner à mes occupations, elle s'agitait, m'interrogeant à savoir si j'avais tout prévu pour qu'on s'occupe bien d'elle en mon absence, pour qu'elle ne manque de rien. Céline pour sa part, me confiait que maman était devenue plus exigeante, elle recherchait plus d'attention, de présence d'elle et de notre frère Denis. Elle s'offusquait qu'on ne puisse plus l'aider à aller sur la toilette quand ses besoins commandaient.

Comme pour créer plus d'intimité puis un climat portant à la confidence, la ramenant à d'autres considérations, Céline et moi avons voulu la remercier à nouveau pour son attention et son amour à notre endroit.  Elle nous a rappelé, comme elle l'avait fait à quelques reprises précédemment depuis qu'elle avançait en âge, qu'elle se trouvait chanceuse de nous avoir, ses deux filles, pour prendre soin d'elle. Elle disait souvent : je ne sais pas, ce que je ferais sans vous !

À un moment donné, entourant ma sœur de mon bras, j'ai dis à maman : "Nous sommes là pour toi, tu peux compter sur nous. Est-ce que tu aimerais à ton tour nous dire quelque chose que tu trouves important de nous confier ?" Puis sans attendre, elle a répondu : J'ai tout dit, c'est toi maintenant qui parlera à ma place ! Bégayant quelque peu de surprise, je lui dis : J'ai besoin que tu me donnes quelques indices, de quoi veux-tu que je parle, à ta place ! Elle m'a dit : toi, tu sais ! Puis elle s’est coupée de nous, en fermant les yeux, bougeant et recherchant sa position pour sommeiller. 

Céline a quitté, disant qu’elle serait là le lendemain. Puis les préposés sont venus l’installer pour la nuit. Elle a demandé que je reste près d’elle. Je l’ai senti angoissée, j’ai demandé à l’infirmière qu’elle évalue la situation. Elle a confirmé que son pouls s’était accéléré. Je suis restée à son chevet, et j'ai pensé réciter quelques dizaines de chapelet, lui tenant la main. Elle a mis du temps avant de me dire que je pouvais partir.

J'ai pensé qu'elle venait de me charger d'une mission ! Elle réclamait qu'on lui offre la bassine au lieu qu'on lui dise : madame Proulx vous avez une couche. Elle recherchait « ce confort » qu'elle voulait à sa mesure ou bien, elle était prête d'en finir et alors elle comptait sur moi, pour préparer sa sortie !

Dans les jours qui ont suivi, elle feignait de ne pas avoir faim. Son infirmière préférée venait pour insister qu'elle s'alimente. Thérèse tentait même d'animer cette période du repas, demandant à ma mère : qui de Céline ou de Denis, elle accepterait l'aide. D'un ton franc, elle avait dit : ni un, ni l'autre.

Ma soeur m'a racontée que de la forcer à manger, la contrariait et elle se renfermait de plus belle. La dernière tentative de la convaincre, elle s'est agitée outre mesure et après avoir vomi, on l'a retrouvée changée : sa bouche en apparence était croche. Le médecin a confirmé que maman avait fait un AVC.

« Quelqu’un existait qui pouvait prendre soin de son corps et de sa misère, sans qu’il éprouvât de honte pour lui-même ou de haine pour le témoin, le désir de mourir ou de tuer » Joseph Kessel (1898-1979) écrivain et journaliste français, dans « Les cavaliers » (1967). Une citation qui porte à la réflexion !!!


06.10.04
Maman Irène vient d'entrer dans un couloir où tout se rétrécit devant elle, sans doute une préparation pour mieux pénétrer l'Infiniment Grand !

À partir de maintenant, les jours s'écouleront et seront employés à me réconcilier avec l'idée de ton départ, de la séparation et à créer ou recréer des liens avec ta descendance ! Sans doute que je chercherai à découvrir de quelle essence tu as teinté chacune et chacun d'eux, histoire de te faire vivre éternellement.

Mère, il me reste à apprivoiser ton absence ! Une réalité difficile et exigeante.

Le long week-end de l'Action de Grâces : http://proactivite.org/forum/viewtopic.php?id=51

Le 12 octobre - 8H12, maman Irène a décidé que c'en était assez !
Elle s'est éteinte laissant la lumière du jour éclairer nos pas et les quelques décisions la concernant.
Cette vie de 98 ans moins quelques jours (15 octobre 1908) tu l'as bien remplie et tu l'as couronnée à ta façon. La force dont tu savais faire preuve en toutes circonstances, une vie durant, j'en fus le témoin privilégié.
Je te prépare un dernier hommage ! http://proactivite.org/forum/viewtopic.php?id=57

Nicole Goulet

Dernière modification par Nicole (22-10-2006 21:26:51)

Hors ligne

 

Pied de page des forums

Propulsé par PunBB